Une femme prêtre à Rome

C’est une femme, elle est mariée et mère de deux enfant et surtout, elle est la première prêtre d’Italie. Maria Vittoria Longhitano a été ordonnée prêtre samedi dans une église du centre historique de Rome. Voilà une nouvelle qui a du faire bondir le Vatican, qui s’oppose formellement à ce que des femmes deviennent prêtres.

Maria Vittoria Longhitano a été ordonnée prêtre samedi à Rome © AFP PHOTO / VINCENZO PINTO

Agée de 35 ans, Maria Vittoria Longhitano est d’origine sicilienne. Elle fait partie de l’Eglise vétéro-catholique italienne, une petite congrégation qui a quitté le catholicisme romain au 19ème siècle. Proche de l’Eglise anglicane, elle n’est pas reconnue par l’Eglise catholique romaine. Elle rejette notamment les dogmes de l’immaculée conception de la Vierge Marie et de l’infaillibilité pontificale.

La prêtre a déjà fait savoir qu’elle espérait que son ordination ouvrirait à nouveau le débat sur la place de la femme au sein de l’Eglise romaine. L’ordination de femmes n’est pas le seul changement suggéré par certains membres de l’Eglise. L’instauration du mariage pour les prêtres est un autre souhait émis régulièrement. l’Eglise vétéro-catholique ordonne des femmes depuis 1996 et considère que l’homosexualité et la contraception sont des questions qui relèvent du domaine privé.

Le Vatican qui tente de résoudre la crise liée aux scandales des prêtres pédophiles, devrait peut-être en prendre de la graine. Autoriser le mariage des prêtres et ordonner des femmes, voilà deux idées qui permettraient peut-être de résoudre beaucoup de problèmes.

Leila B. : le malaise de l’Islam en Suisse

Après avoir lu hier dans les journaux que le vote suisse sur l’interdiction de construire des minarets était remis en question par la Cour Européenne des droits de l’homme (CEDH), j’ai voulu entendre la réaction de mon amie Leila. De père Marocain et de mère Hollandaise, Leila est arrivé en Suisse à l’âge de dix ans. Après le triste résultat des votations du 29 novembre dernier, je me souviens avoir lu une lourde déception sur son visage.

Paix

L’un des recours est actuellement examiné par la CEDH. Cela te redonne-t-il un peu d’espoir ?

Leila B. : Oui, c’est plutôt réjouissant et je croise les doigts pour que la Cour juge cette votation irrecevable. Mais bizarrement, cela n’efface pas la déception que j’ai éprouvée en voyant les résultats du vote. Même si cette loi anti-minaret est annulée, je ne pourrai m’enlever l’idée que les Suisses ne veulent pas de gens comme moi.

Des gens comme toi, tu veux dire des musulmans ?

Oui. Le minaret ne représentait strictement rien pour moi avant ces votations. J’effectue mes cinq prières quotidiennes à la maison et je vois le minaret de la mosquée de Genève uniquement les vendredis. Il ne sert à rien, sauf peut-être à rendre le bâtiment plus joli. Un minaret est une tradition architecturale, mais qu’il soit là ou non, cela ne change rien. Or à mes yeux, ces votations ont transformé une tour insignifiante en symbole. Dire non aux minarets signifie dire non à l’Islam. J’ai le sentiment que les Suisses ne veulent plus de nous.

Mais pourtant, tu affiches ouvertement ta religion en portant le voile et tu es très bien intégrée en Suisse.

C’est vrai. J’ai un travail qui ne m’empêche pas de porter le foulard. Mais c’est une chance, car beaucoup de mes amies doivent l’enlever lorsqu’elles vont travailler et le remettent en sortant. Jusqu’ici, le débat sur le voile ne m’avait pas fait peur. Je le porte avec fierté, mais si on me demande de l’enlever pour travailler, je le ferai. Le débat sur les minarets, c’est autre chose. On a voté pour une initiative islamophobe qui n’avait aucun sens. Et celle-ci a été acceptée et inscrite dans la Constitution ! Maintenant, quand je marche dans la rue, j’ai le sentiment que les gens ont peur de moi ou qu’ils me jugent. C’est comme si on me faisait remarqué que je ne suis pas à ma place ici.

La peur, justement. Les médias ont beaucoup parlé du « vote de la peur ».

J’espère qu’il s’agit de peur. Car si ce n’est pas la peur qui a poussé ce choix, c’est encore pire. Je peux comprendre que certaines personnes fassent l’amalgame lorsqu’ils voient des femmes se faire lapider en Iran ou en Afghanistan. Des mariages forcés de jeunes filles de 10 ans. Des discours haineux. Oui, cela me fait peur aussi et cela me révolte. Mais ceci n’est pas l’Islam. J’osais espérer que les gens fassent la différence.

Quel est ton sentiment vis-à-vis de l’opinion des Suisse sur l’Islam et sur le résultat du vote ?

Le résultat du vote n’a créé ni rage, ni colère. Seulement de la déception. Je n’en veux pas à cette majorité de Suisse qui a dit oui à l’initiative anti-minaret. Je prie seulement pour que les choses changent, pour que les esprits s’ouvrent, et pour que cette majorité ne devienne un jour qu’une infime minorité.

Sans minaret, ça va clocher !

Le 29 novembre dernier, la Suisse acceptait une initiative anti-minaret qui a fait couler beaucoup d’encre, bien au-delà des frontières. Mais le vote du peuple suisse est désormais remis en question à la cour européenne des droits de l’homme. L’un des recours est examiné et la procédure est enclenchée.

Minaret de la Mosquée de Genève

Ce n’est qu’un petit pas pour les défenseurs des minarets en Suisse, mais ce premier feu vert est une étape cruciale vers la validation du recours. La Suisse doit soumettre ses observations à Strasbourg d’ici au 15 septembre. Le conseil fédéral a pour l’instant refusé de s’exprimer devant les caméras. Un indice tout de même : le conseil fédéral avait lui-même prévenu les citoyens avant la votation en déclarant ceci : « L’initiative est en contradiction avec de nombreux droits fondamentaux inscrits dans la constitution fédérale et porte atteinte aux droits de l’homme ». A moins que le conseil fédéral ne soit frappé de schyzophrénie, la réponse sur le fond ne peut être que celle qu’il avait déjà posée dans le message avant les votations. Mais il évoquera également la démocratie directe et la liberté du peuple. Reste à espérer que la cour exige du gouvernement qu’il assume ses engagements internationaux. Pour l’heure, on n’en est pas encore là, car le processus prendra du temps, beaucoup de temps. La cour dira au mieux dans plusieurs mois si l’interdiction des minarets viole les droits de l’homme, mais cela pourra aussi prendre des années.

Un nouveau directeur général à la tête de la SSR

Le nouveau directeur général de SRG SSR idée suisse s’appelle Roger de Weck. Cet homme des médias reconnu dans le milieu prendra la succession d’Armin Walpen le 1er janvier 2011. L’assemblée générale des délégués de la SSR a approuvé le choix du conseil d’administration mardi. C’est la première fois qu’elle procède à cette importante nomination, jusqu’ici du ressort du Conseil fédéral.

A 56 ans, Roger de Weck devient l’un des hommes les plus influents du pays. Sa nomination a diversement surpris les partis. Alors que le PS et le PDC applaudissent cette décision, le PLR critique son manque d’expérience managériale. Sans surprise, l’UDC déplore que le poste revienne à un homme de gauche. Pour ma part, je salue le fait que le directeur de la SSR soit, pour une fois, non seulement un homme de gauche, mais surtout un expert des médias.

Une personnalité reconnue

Domicilié à Zurich, Roger de Weck est marié et père de quatre enfants. Né à Fribourg en 1953, il a grandi entre Genève et Zurich. Il est l’un des sept enfants de Philippe de Weck, qui est notamment président de l’UBS dans les années septante. Licencié en sciences économiques de la Haute Ecole de Saint-Gall, il a ensuite travaillé pour de nombreux médias suisses. Il préside également l’Institut des Hautes études internationales et du développement à Genève.

En 1977, le public découvre un jeune journaliste de 24 ans, Roger de Weck. Il est alors co-auteur d’une enquête sur le scandale du Crédit Suisse à Chiasso (TI). C’est à La Tribune de Genève, qu’il fait ses débuts, avant de collaborer à 24 heures, à l’hebdomadaire Weltwoche, et en tant que correspondant en France pour Die Zeit. En 1992, il est nommé rédacteur en chef du Tages Anzeiger à Zurich. En 1993, un an après le refus de l’Espace Economique Européen (EEE), ce pro-européen convaincu organise un Röchti géant à l’intention des Romands de Zurich. Le ton est donné, Roger de Weck ne fait pas l’unanimité au sein des partis conservateurs. Son poste au Tages Anzeiger fini brutalement en 1997 à cause de divergences de points de vue avec l’éditeur quand aux mesures d’économies à prendre dans un média en crise. Il rebondira en prenant la tête du prestigieux hebdomadaire allemand die Zeit. L’an dernier, il s’est fait remarqué en proposant à la SSR une nouvelle chaîne de télé culturelle en quatre langues pour toute la Suisse, un projet sèchement balayé par Armin Walpen. Aujourd’hui, PS et PDC ont salué sa nomination, alors que radicaux et UDC l’ont critiqué. Avec de très lourds dossiers en attente, l’été promet d’être chaud.

Les défis du futur directeur

Avec un déficit estimé à 75 millions, la SSR doit redresser la barre. Mais comment s’y prendre ?

La première piste évoquée est une augmentation de la redevance, bien qu’elle soit déjà la plus élevée d’Europe. Cette solution a très peu de chance et n’est pas très bien perçue dans le monde politique. « Nous devons dire clairement non à cette tendance d’augmenter continuellement les taxes », a affirmé hier soir à la TSR Urs Schwaller, le chef du groupe parlementaire PDC.

Une deuxième solution serait d’élargir les parrainages ou d’autoriser la publicité sur les sites internet de la SSR, ce qui permettrait d’augmenter les revenus publicitaires. Cette fois-ci, ce sont les éditeurs qui disent non.

Une troisième solution serait de diminuer l’offre de la SSR en supprimant des chaines. Les plans d’économies prévoient qu’en Suisse Romande, la chaîne Option Musique pourrait être supprimée, de même que des chaînes musicales sur les radios alémaniques (DRS 4 Musikwelle et DRS 4 virus.ch) et tessinoises (Rete Tre). Par ailleurs, la participation à TV5, à Euronews, à la radio anglophone World Radio Switzerland (WRS) ou au site international Swissinfo pourraient aussi passer à la trappe.

Plus de 6100 personnes travaillent pour la SRG SSR idée suisse, pour un équivalent de 4800 emplois à plein-temps. L’entreprise propose 8 chaînes de télévision et 18 de radio. Avec un chiffre d’affaires annuel de 1,6 milliards de francs, Roger de Weck a du pain sur la planche pour choisir, parmi les trois maux, le moindre.

Les chemises rouges agitent le drapeau blanc

Après deux mois de manifestations d’abord pacifiques puis parsemées d’incidents violents et plusieurs séances de négociations sans résultat, l’armée a réussi, ce matin, a neutraliser les manifestants anti-gouvernementaux et forcé leur leader à se rendre. Ce matin, l’armée a triomphé d’une opération d’envergure, forçant les leaders « rouges » à échanger leur liberté contre la sécurité des manifestants. « Nous ne voulons pas plus de morts » a déclaré l’un des leaders, en larmes.

Comment des affrontements qui ont commencé par des manifestations pacifiques peuvent-t-ils terminer dans un bain de sang ? Explications.

Qui sont les « chemises rouges ?

Partisans de l’ancien Premier ministre Thaksin, ils sont issus des zones rurales et principalement du nord-est de la Thaïlande. Lorsque Thaksin était au pouvoir entre 2001 et 2006, il s’était intéressé à ce réservoir électoral qui représente encore aujourd’hui 65 % de l’électorat. Toute une série de mesures populistes avaient été prises, comme l’accès à des programmes de santé ou à des crédits peu chers. Des dispositions comme celles-ci rassureraient aujourd’hui la population rurale, très éprouvée par la crise économique.

Chronologie de la « Crise Rouge »

14 mars : Des dizaines de milliers de « chemises rouges » s’installent à Bangkok pour réclamer la démission du Premier ministre Abhisit Vejjajva et la tenue d’élections anticipées.

2 avril : Les manifestants occupent un deuxième quartier de Bangkok, Ratchaprasong, cœur commercial et touristique de la capitale.

7 avril : Le gouvernement déclare l’état d’urgence à Bangkok. Trois jours plus tard débutent les premiers affrontements violents entre manifestants et forces de l’ordre. 25 personnes, essentiellement des « rouges », sont tuées et plus de 800 blessées.

22 avril : Cinq grenades explosent lors d’un face-à-face entre manifestants pro et antigouvernementaux : un mort et 80 blessés.

3 mai : Espoirs d’une sortie de crise. Abhisit propose une « feuille de route » qui prévoit des élections le 14 novembre en échange d’une levée du blocus. Les « rouges » accueillent favorablement cette initiative, mais refusent de se disperser.

13 mai : Nouvelle montée de la tension. Abhisit annule les élections anticipées car les manifestants « n’ont pas évacué ». L’armée boucle le quartier occupé. Le général Khattiya Sawasdipol, alias Seh Daeng, favorable aux « rouges », est mortellement blessé d’une balle dans la tête.

14-17 mai : Scènes de guérilla urbaine à Bangkok. Les manifestants utilisent cocktail molotov, pétards, pierres et parfois armes de poing contre les forces de l’ordre qui tirent à balles réelles, faisant 39 morts et plus de 300 blessés en quatre jours.

19 mai : l’armée lance à l’aube l’assaut contre la « zone rouge ». Les leaders anti-gouvernementaux se rendent.

Triste bilan

La montée des violences à Bangkok a coûté la vie à 68 personnes et blessé plus de 1’700 individus. Tous les morts sont des civils à l’exception d’un soldat et d’un général rebelle, Khattiya Sawasdipol, décédé après avoir reçu une balle en pleine tête. Ce matin, un journaliste italien n’a pas survécu à sa blessure à l’abdomen. Un journaliste Néerlandais a été blessé par balle, mais ces jours ne sont pas en danger.

Rachid Khechana, un journaliste engagé

En guise d’introduction de ce blog, je tiens à présenter une personne qui m’a beaucoup touché. Je l’ai rencontré le mois dernier, lors du Congrès International sur le Journalisme d’Investigation qui s’est tenu à Genève. En si peu de temps, Rachid Khechana a réussi à marquer ma vie. Il est le rédacteur en chef d’Al Maoukif (Le point), l’organe du parti démocratique progressiste (PDP), l’un des rares partis d’opposition autorisé en Tunisie. D’origine Tunisienne, j’ignore alors totalement son existence. C’est pourquoi je me précipite vers lui dès la conférence terminée. Il m’invite à déjeuner et me raconte son parcours, mais surtout les problèmes auxquels il doit faire face quotidiennement.

Si l’ensemble des journaux tunisiens reçoit une aide financière de l’Etat, Al Maoukif vit uniquement de ses ventes, sans aucune recette publicitaire. Pourtant, la rédaction de l’hebdomadaire subi régulièrement des harcèlements de la part des autorités tunisiennes. La distribution de son journal se déroule dans des conditions parfois chaotiques, allant de la saisie de certaines éditions à des poursuites en justices. À chacune de ces persécutions, c’est l’existence même du journal qui est mise en péril. Bien que détenteur d’une carte professionnelle, Rachid K. est systématiquement privé de son droit d’assister aux points de presse, séminaires et autres rencontres officielles.

En plus de ces entraves quotidiennes, deux événements majeurs on marqué sa lutte pour la liberté d’expression. Le 17 avril 2008, en guise de protestation suite à la saisie de plusieurs numéros, les membres de la rédaction ainsi que des militants du PDP ont décidé de distribuer eux-mêmes leur édition dans les rues de Tunis. Cela s’est soldé par des bousculades musclées entre forces de l’ordre en civils et militants. Le 4 avril 2008, un éditorial du journal avait appelé les autorités à soumettre l’huile de soja à des analyses au ministère de la santé. Bien que cette requête se soit basée sur des observations solides, le gouvernement a poussé cinq sociétés spécialisées dans la mise en bouteille de l’huile végétale à attaquer en justice le directeur du journal, ainsi que son rédacteur en chef, Rachid K. Ils réclamaient 500’000 dinars (env. 375’000 CHF) en guise de prétendus dommages moraux. C’est le début de l’affaire dite de l’huile frelatée. Après une année de mésaventure judiciaire, Rachid K. ainsi que le directeur du journal décident d’entamer une grève de la faim. Forts de l’appui de 70 avocats, de diverses associations indépendantes et d’ONG, la grève de la faim ne dure, heureusement, que 15 jours. Le tribunal de première instance de Tunis décide un non lieu.

Certes, son expérience est peut-être moins spectaculaire que celle du journaliste Tunisien Taoufik Ben Brik, qui a séjourné des mois en prison dans des conditions difficile et dont la grève de la faim a duré 42 jours. Si l’histoire de Rachid K. n’a rien de théâtrale, c’est sa personnalité qui m’a touché. Combatif et humble à la fois, il m’a tout de suite accordé sa confiance. À tel point qu’il continue encore aujourd’hui de m’envoyer de tristes nouvelles sur l’inertie de son combat pour une presse libre.

Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que j’ai eu la chance de rencontrer ce bonhomme, de pouvoir lui poser des questions et de vous transmettre ces réponses. Mais je ne peux m’empêcher de penser à tous les autres, qui méritent également qu’on en parle. Des hommes et des femmes qui n’arrivent pas à se faire entendre, ou qui se battent parfois au péril de leur vie pour pouvoir s’exprimer. Ces personnes se trouvent en Somalie, en Iran, à Cuba, en Birmanie, en Chine, en Libye, en Russie… La liste est longue, beaucoup trop longue.